Je suis allée à sa rencontre pour découvrir son parcours, ses souvenirs et ce qui rythme encore aujourd’hui ses journées.
Le 30 juin dernier, Monette Nimeskern, née Baron, a soufflé ses 100 bougies. Elle a traversé un siècle d’histoire, avec ses joies, ses épreuves, ses rencontres… et quelques belles aventures.
« Je suis née ici, à Saint-Gervais-d’Auvergne, le 30 juin 1926. J’y ai grandi et j’y ai fait mes premières années d’école.
J’ai obtenu mon certificat d’études en 1938. J’aurais beaucoup aimé continuer jusqu’au brevet, mais en 1939, la guerre est arrivée. Mon père a dû partir et ma maman n’avait pas beaucoup de moyens. Alors j’ai commencé à travailler.
Je suis allée travailler à la boulangerie. C’est un petit regret que j’ai gardé : j’aurais aimé avoir mon brevet. Mais après, la vie a continué et je n’ai jamais repris mes études.
Mon père était charpentier et couvreur, et il a également été pompier pendant 35 ans à Saint-Gervais. »
« Oui… Quand je travaillais à la boulangerie, je partais le soir à vélo pour apporter du pain aux maquisards. D’ailleurs, ce vélo, je l’ai eu en cadeau de la part de ma grand-mère. Chaque fois que je la voyais, je lui disais : « Je veux ce vélo ! » Et ma grand-mère me répondait que si j’avais mon certificat d’études, je l’aurais. Et je l’ai eu !
C’est donc avec ce vélo que je partais apporter le pain aux maquisards.
Je n’avais pas peur. Je prenais les petits chemins et je connaissais toujours l’heure du rendez-vous : 18 heures précises.
Je ne connaissais pas le nom de la personne à qui je devais remettre le pain. J’avais simplement un petit sifflet. À l’approche du lieu de rendez-vous, je sifflais et la personne sortait du petit chemin. Je lui donnais le pain et je repartais. »
« Je suis partie à Metz, en Moselle, où j’ai vécu pendant 53 ans. J’y ai construit ma vie et j’ai eu quatre enfants.
Mais Saint-Gervais ne m’a jamais vraiment quittée. Je suis toujours revenue ici pendant les vacances. J’y avais mes amis, mes connaissances… et mes souvenirs. »
« Oui, il y a maintenant 28 ans.
Un jour, je me promenais dans les rues de Saint-Gervais et j’ai vu une maison à vendre. Je me suis dit : « Pourquoi pas ? » Et puis il y avait aussi une autre bonne raison…
Les cèpes !!! À Metz, il n’y en avait pas. Il n’y a que des trompettes de la mort… Et ça, juste à la poêle avec un peu de beurre, eh bien ce n’est pas bon !
Alors qu’ici, il y a des cèpes !
« J’aime beaucoup les mots fléchés, les mots mêlés et les jeux de lettres. J’aime aussi lire, même si ma vue me complique un peu les choses aujourd’hui.
J’ai fait beaucoup de tricot. Je faisais des carrés pour faire des couvertures, mais ça, je ne peux plus le faire…
Et puis il y a la télévision ! Je regarde La Roue de la Fortune, les émissions de Nagui, N’oubliez pas les paroles, et à 13 heures, je ne manque pas les informations. Et de temps en temps, un bon film.
J’aime aussi regarder les photos. J’en ai beaucoup de ma famille, de mes amis… Elles me rappellent de nombreux souvenirs. Et puis j’ai toujours du monde qui passe me voir. »
« Pas grand-chose… Il faut faire avec. Il faut faire avec les douleurs. Mais il y a des personnes plus jeunes qui souffrent plus que moi… »
Le mot de Karine:
« Rencontrer Monette, c’est rencontrer une femme qui a traversé un siècle de vie sans jamais perdre sa curiosité ni son envie de raconter. Elle parle de ses souvenirs avec simplicité, raconte ses anecdotes avec précision et garde une vivacité d’esprit et un regard malicieux qui font vite oublier qu’elle vient de fêter ses 100 ans.
Elle ne se plaint pas. Elle avance, tout simplement, avec ses douleurs, ses souvenirs, ses petits plaisirs du quotidien et surtout les personnes qui l’entourent. »
